Dans une vidéo publiée le 04 octobre 2025 sur sa page Facebook officielle, le député français Guillaume Bigot affirme : « L’Agence Française de Développement (AFD), donc la France, depuis 2020, a versé généreusement 510 000 euros au Bénin, pays d’Afrique, dans une région qui s’appelle le département du Mono. »
Il poursuit en citant l’objectif du financement : « Pour améliorer les comportements, notamment en matière de défécation à l’air libre, ainsi que la gouvernance de l’assainissement liquide, en renforçant la participation de toute la population, notamment des femmes. »
Le député commente ensuite : « Voilà, donc, c’est lunaire. On a donné, de nos impôts, 510 000 euros, depuis 2020, à des Béninois pour leur apprendre à faire caca correctement. »
Avant de conclure : « C’est surréaliste. C’est pourtant vrai. »
La publication de Guillaume Bigot a rencontré un important écho sur Facebook. À la date du 10 août 2026, elle comptabilisait environ 12 900 mentions « J’aime », 2 200 commentaires et 13 000 partages.
La vidéo a également été reprise le 30 octobre 2025 par le compte @doucefrancelibre (MonCoeurSaigne). Cette publication avait, au 10 août 2026, enregistré environ 18 300 mentions « J’aime », 1 396 commentaires et 9 688 partages.
Face à l’ampleur de la diffusion de cette affirmation, Bénin Check a entrepris de vérifier les faits.
Un financement de l’AFD existe bien
Premier élément important : Guillaume Bigot ne parle pas d’un projet imaginaire.
L’AFD a effectivement financé, à partir de 2020, le projet GIBOU – Gestion intercommunale de l’hygiène et de l’assainissement dans le département du Mono. Selon la fiche officielle du projet, celui-ci a débuté le 1er décembre 2020. L’AFD indique un financement de 500 000 euros, pour un financement global d’environ 695 125 euros. Le projet est localisé dans le département du Mono et son objectif est notamment de mettre en place un service intercommunal de gestion des boues de vidange afin d’améliorer les conditions d’hygiène et d’assainissement. « ..le projet GIBOU (Gestion intercommunale de l’hygiène et de l’assainissement dans le département du Mono), est mis en œuvre entre décembre 2020 et février 2025, dans un contexte de crise sanitaire liée à la COVID-19. Il visait à améliorer l’accès à des services essentiels d’eau, d’hygiène et d’assainissement. Le projet reposait sur deux volets complémentaires : la mise en place d’un service intercommunal de gestion des boues de vidange (collecte, transport et traitement) ; des actions de sensibilisation à l’hygiène, à l’assainissement et à la prévention de la COVID-19. » Le budget total du projet s’élève à 696 359 €, dont 500 000 € de subvention de l’AFD (72 %), en cofinancement avec des collectivités françaises, dans le cadre d’une enveloppe exceptionnelle mobilisée en 2020 pour répondre à la COVID-19. » a répondu le service de presse de l’AFD à nos questions.
Mais à quoi devait servir cet argent ?
C’est sur ce point que la présentation du député devient particulièrement trompeuse. Le projet GIBOU ne consistait pas à dispenser aux habitants du Mono une formation élémentaire sur la manière de déféquer. Son objectif était beaucoup plus large : mettre en place un véritable système intercommunal de gestion des boues de vidange et améliorer les conditions d’hygiène et d’assainissement.
La fiche de l’AFD précise notamment que le projet devait permettre :
- la mise en place d’un service de collecte, de traitement et de valorisation des boues de vidange ;
- la mise en œuvre d’un programme de sensibilisation à l’hygiène et à l’assainissement ;
- la prévention des risques d’infection liés à la Covid-19 ;
- le renforcement de la participation des populations, notamment des femmes ;
- la capitalisation et le partage de l’expérience acquise.
Le contexte est également important. Au moment du lancement du projet, le Mono ne disposait pas de service public ou privé structuré de vidange des fosses ni de site adapté de dépotage et de traitement. L’objectif était donc de créer une chaîne organisée permettant de collecter, transporter et traiter les boues issues des fosses et latrines. Il ne s’agit donc pas simplement de changer les habitudes individuelles des habitants.
Oui, la lutte contre la défécation à l’air libre fait partie du projet
C’est probablement cet élément qui a permis à Guillaume Bigot de formuler sa déclaration. Le projet prévoit effectivement des actions visant à améliorer les pratiques d’hygiène et d’assainissement, notamment la lutte contre la défécation à l’air libre. Mais « lutter contre la défécation à l’air libre » ne signifie pas « apprendre aux Béninois à faire caca correctement ».
La défécation à l’air libre est un problème d’assainissement et de santé publique. Elle est notamment liée à l’absence d’infrastructures adaptées, à l’accès insuffisant aux toilettes et à l’absence de services permettant de gérer correctement les excréments humains.
Le projet GIBOU intervient donc sur l’ensemble de la chaîne d’assainissement : infrastructures, collecte, transport, traitement, gouvernance et sensibilisation.
Une station de traitement des boues a effectivement été construite
L’un des éléments qui contredisent le plus directement la présentation de Guillaume Bigot est l’existence d’une infrastructure concrète réalisée dans le cadre du projet. Une station intercommunale de traitement des boues de vidange a été construite par le GI-Mono, comme le confirme ce document de capitalisation dudit projet.
Selon le quotidien béninois La Nation, la station, construite en 2024 dans le cadre du projet GIBOU, est entrée en service en mars 2025. Elle permet désormais de traiter localement les boues provenant des fosses septiques. L’infrastructure fonctionne notamment grâce à un système de filtration utilisant des lits plantés et différents matériaux filtrants. Les boues sont déposées dans les lits, puis le liquide est filtré à travers plusieurs couches avant de poursuivre son traitement.
Autrement dit, une partie importante du financement a servi à mettre en place une infrastructure physique de traitement des déchets issus de l’assainissement.
La station permet également de réduire considérablement les délais de vidange. Avant sa mise en service, les habitants pouvaient devoir attendre plusieurs mois pour obtenir une vidange, les prestataires venant notamment de Cotonou.
Les populations ont-elles aussi été sensibilisées ?
Oui. L’AFD confirme que la sensibilisation constituait l’un des deux grands volets du projet, avec la mise en place du service de gestion des boues de vidange. Selon les informations communiquées par l’Agence à Bénin Check, les actions de sensibilisation à l’hygiène, à l’assainissement et à la prévention de la Covid-19 ont directement touché 6 400 personnes.
L’AFD précise toutefois qu’il n’est pas possible d’attribuer précisément une fraction des 500 000 euros à la seule sensibilisation, car le budget était organisé par catégories de dépenses et non par activité.
Cette précision est importante : on ne peut donc pas dire que 500 000 euros ont été dépensés pour sensibiliser les populations à leurs pratiques de défécation.
Combien a réellement coûté le projet ?
Les chiffres permettent de remettre l’affirmation en perspective.
| Élément | Montant |
| Financement AFD | 500 000 € |
| Budget global du projet | environ 695 000 € |
| Part AFD | environ 72 % |
| Financement du Département des Yvelines | 125 000 € selon le rapport du GI-Mono |
L’AFD indique par ailleurs qu’environ 39 % du coût total (271 050 euros) correspond à l’aménagement du site de traitement des boues de vidange.
Il est donc impossible de présenter les 500 000 euros de l’AFD comme une somme exclusivement consacrée à « apprendre à faire caca correctement ».
Une infrastructure qui répond à un problème concret
Les informations recueillies par La Nation permettent également de mesurer l’utilité concrète de l’investissement. La station du GI-Mono traite les boues issues des fosses septiques et contribue à éviter leur déversement incontrôlé dans l’environnement. Le traitement des boues permet notamment de limiter les risques de contamination des sols et des ressources en eau.
La mise en place de cette infrastructure constitue ainsi un maillon essentiel d’un système d’assainissement.
Elle ne suffit cependant pas à elle seule : l’adhésion des populations, le recours régulier au service de vidange et la pérennité financière et technique de la station restent des enjeux, selon les observations rapportées par La Nation.
Verdict : une présentation trompeuse
La déclaration de Guillaume Bigot est TROMPEUSE.
Le député s’appuie sur un élément réel : l’AFD a bien financé un projet d’assainissement dans le département du Mono à partir de 2020, et ce projet comprend effectivement des actions de sensibilisation visant notamment à lutter contre la défécation à l’air libre.
Mais plusieurs éléments de sa déclaration sont inexacts ou déformés.
Premièrement, le montant du financement AFD identifié dans les documents officiels est de 500 000 euros, et non 510 000 euros.
Deuxièmement, ces 500 000 euros ne sont pas destinés à « apprendre aux Béninois à faire caca correctement ». Le projet GIBOU vise principalement à créer et structurer un service intercommunal de gestion des boues de vidange, incluant leur collecte, leur transport et leur traitement, tout en menant des actions de sensibilisation à l’hygiène et à l’assainissement.
Troisièmement, une station intercommunale de traitement des boues a effectivement été construite dans le cadre du projet et est opérationnelle depuis mars 2025, selon La Nation.
La formule employée par Guillaume Bigot transforme donc un projet global d’assainissement et de santé publique, comportant à la fois des infrastructures, des services, de la gouvernance et de la sensibilisation, en une dépense destinée à « apprendre à faire caca correctement ».
Cette formulation ne reflète pas fidèlement la nature du projet ni l’utilisation globale des fonds.
En résumé : le financement existe, mais la manière dont il est présenté est trompeuse.
Cette vérification a été effectuée et l’article rédigé puis publié par Estelle Damienne GBEGO

Laisser un commentaire