MISE À JOUR – 31 août 2026 : Après la publication de l’article, Guillaume Bigot a répondu à la sollicitation de Bénin Check et transmis des documents issus de la base de données de l’Agence française de développement. Ces nouveaux éléments nous ont conduits à approfondir notre vérification et à réexaminer certaines informations relatives au projet concerné. Nous avons notamment identifié une distinction entre deux projets de l’AFD mis en œuvre dans le département du Mono. Les précisions apportées par ces nouveaux éléments sont intégrées dans la présente mise à jour.
Dans une vidéo publiée le 04 octobre 2025 sur sa page Facebook officielle, le député français Guillaume Bigot affirme : « L’Agence Française de Développement (AFD), donc la France, depuis 2020, a versé généreusement 510 000 euros au Bénin, pays d’Afrique, dans une région qui s’appelle le département du Mono. » Il poursuit en citant l’objectif du financement : « Pour améliorer les comportements, notamment en matière de défécation à l’air libre, ainsi que la gouvernance de l’assainissement liquide, en renforçant la participation de toute la population, notamment des femmes.» Le député commente ensuite : « Voilà, donc, c’est lunaire. On a donné, de nos impôts, 510 000 euros, depuis 2020, à des Béninois pour leur apprendre à faire caca correctement. » Avant de conclure : « C’est surréaliste. C’est pourtant vrai. »
La publication de Guillaume Bigot a rencontré un important écho sur Facebook. À la date du 10 août 2026, elle comptabilisait environ 12 900 mentions « J’aime », 2 200 commentaires et 13 000 partages. La vidéo a également été reprise le 30 octobre 2025 par le compte @doucefrancelibre (MonCoeurSaigne). Cette publication avait, au 10 août 2026, enregistré environ 18 300 mentions « J’aime », 1 396 commentaires et 9 688 partages. Face à l’ampleur de la diffusion de cette affirmation, Bénin Check a entrepris de vérifier les faits.
Ce que dit l’AFD : 500 000 euros, pas 510 000
Pour vérifier la déclaration, Bénin Check a directement contacté le service de presse de l’AFD. Nous lui avons soumis les propos du député et posé deux questions :
- l’AFD confirme-t-elle les informations avancées par Guillaume Bigot ?
- que pense-t-elle de sa présentation du financement ?
Dans sa réponse, l’AFD commence par rappeler que l’accès à l’assainissement et aux toilettes constitue un enjeu de santé publique et que la défécation à l’air libre contribue à la propagation de maladies hydriques et infectieuses. Puis l’Agence fait allusion au projet GIBOU — Gestion intercommunale de l’hygiène et de l’assainissement dans le département du Mono. Selon l’AFD, GIBOU a été mis en œuvre entre décembre 2020 et février 2025 et poursuivait deux objectifs complémentaires :
- mettre en place un service intercommunal de gestion des boues de vidange, comprenant leur collecte, leur transport et leur traitement ;
- mener des actions de sensibilisation à l’hygiène, à l’assainissement et à la prévention de la Covid-19.
L’AFD précise que le budget total de GIBOU s’élève à 696 359 euros, dont 500 000 euros de subvention de l’AFD, soit 72 % du budget.
« ..le projet GIBOU (Gestion intercommunale de l’hygiène et de l’assainissement dans le département du Mono), est mis en œuvre entre décembre 2020 et février 2025, dans un contexte de crise sanitaire liée à la COVID-19. Il visait à améliorer l’accès à des services essentiels d’eau, d’hygiène et d’assainissement. Le projet reposait sur deux volets complémentaires : la mise en place d’un service intercommunal de gestion des boues de vidange (collecte, transport et traitement) ; des actions de sensibilisation à l’hygiène, à l’assainissement et à la prévention de la COVID-19. » Le budget total du projet s’élève à 696 359 €, dont 500 000 € de subvention de l’AFD (72 %), en cofinancement avec des collectivités françaises, dans le cadre d’une enveloppe exceptionnelle mobilisée en 2020 pour répondre à la COVID-19. » a répondu le service de presse de l’AFD à nos questions. L’Agence indique également qu’environ 39 % du coût total correspond à l’aménagement du site de traitement des boues de vidange et que les actions de sensibilisation ont touché directement 6 400 personnes. Elle considère par ailleurs que l’objectif spécifique du projet a été atteint : le service intercommunal est opérationnel et les équipements de collecte, de transport et de traitement des boues sont fonctionnels.
Une information confirmée par d’autres sources
Le rapport annuel du Département des Yvelines indique qu’en septembre 2020, le projet GIBOU a été retenu pour un financement de 500 000 euros de l’AFD, auquel s’ajoutait une contribution de 125 000 euros du Département des Yvelines. La base sectorielle pS-Eau recense également GIBOU avec une contribution AFD de 500 000 euros et un budget global de 686 743 euros, avec plusieurs autres bailleurs et partenaires. Le GI-Mono présente aujourd’hui GIBOU comme un projet ayant notamment permis l’acquisition de deux camions hydro-cureurs, la construction d’une station de traitement des boues de vidange et la mise en place d’un service de collecte, traitement et valorisation des boues.
Mais Guillaume Bigot répond : il ne parle pas de GIBOU
C’est ici que la vérification prend une autre tournure. Après avoir reçu la réponse de l’AFD, Bénin Check a sollicité Guillaume Bigot afin de lui permettre de réagir et de préciser sa source. Le député conteste alors explicitement l’idée selon laquelle sa déclaration concernerait le projet GIBOU. Il nous transmet notamment le tableau de la base de données des projets de l’AFD qu’il affirme avoir utilisé, ainsi qu’une note relative au financement concerné. Dans sa réponse, Guillaume Bigot écrit : « Le projet auquel vous faites référence figure à la ligne 959 de cette base de données. » Ce qui correspond au projet FR-3-CBJ1273, dans la base de données de l’AFD. Il cite ensuite la description suivante : « Le projet de participation citoyenne vise à améliorer les comportements, notamment en matière de défécation à l’air libre, ainsi que la gouvernance de l’assainissement liquide en renforçant la participation de toute la population, notamment des femmes, dans le département du Mono. » Le député soutient donc que son intervention ne portait pas sur GIBOU mais sur un autre projet, celui consacré à la gouvernance participative et inclusive de l’assainissement liquide dans le Mono. Les documents disponibles permettent effectivement d’identifier deux projets différents dans le département du Mono.
Le projet GIBOU avait pour objectif principal de mettre en place un service intercommunal de gestion des boues de vidange. Son objectif spécifique est formulé ainsi : « Mettre en place dans le département du Mono un service intercommunal de gestion des boues de vidange, pour améliorer les conditions d’assainissement et d’hygiène, dans un contexte de pandémie de Covid-19. » Le projet comportait donc une dimension très concrète d’infrastructure et de service public. Une station de traitement des boues de vidange a effectivement été construite dans le cadre du projet. Selon les informations communiquées par le personnel de la station au quotidien La Nation, le traitement des boues a commencé en mars 2025. La station utilise notamment un système écologique de filtration composé de lits plantés et de matériaux filtrants. L’AFD confirme pour sa part que GIBOU comprenait la collecte, le transport et le traitement des boues de vidange ainsi que des équipements destinés à rendre ce service opérationnel.
Le second projet est celui auquel correspondent les éléments cités par Guillaume Bigot. Il s’agit du projet intitulé « Appui à la mise en place d’une gouvernance participative et inclusive de l’assainissement liquide dans le Mono », également désigné Inter-AGIAL. Ses objectifs spécifiques sont notamment :
- contribuer à l’amélioration des pratiques de la population en matière d’hygiène et d’assainissement liquide ;
- prendre en compte les besoins spécifiques des femmes et des personnes en situation de handicap moteur ;
- améliorer la gestion concertée de l’assainissement liquide ;
- renforcer les capacités de la société civile ;
- accroître la participation citoyenne à la gouvernance de l’assainissement, notamment celle des femmes.
Les résultats attendus comprennent également une stratégie de sensibilisation, un accompagnement au changement des pratiques et un renforcement de la participation des organisations de la société civile à l’amélioration des services d’assainissement. C’est donc bien dans ce projet que l’on retrouve le plus directement les notions citées par Guillaume Bigot : « participation citoyenne », « amélioration des comportements », « défécation à l’air libre », « gouvernance de l’assainissement liquide » et participation des femmes.
Et les 510 000 euros ?
C’est précisément sur ce point que les documents fournis par Guillaume Bigot sont déterminants. Selon les informations qu’il transmet à Bénin Check, la fiche de l’AFD correspondant à la ligne 959 indique : « Le coût total de l’action est de 687 089,59 €, dont 74,2 % financés par l’AFD, soit 510 000 €. » Autrement dit, le chiffre de 510 000 euros n’est pas sorti de nulle part.
Il apparaît bien dans les documents relatifs au projet que Guillaume Bigot dit avoir utilisé. Le document d’évaluation externe d’Inter-AGIAL publié par Coordination Sud confirme de son côté que le projet disposait d’un budget total de 687 089 euros et qu’il était financé par l’AFD à hauteur de 75 %, avec des contributions de la Ville de Paris, de la Région Nouvelle-Aquitaine et des acteurs locaux. Le projet était mis en œuvre par Initiative Développement, le Groupement intercommunal du Mono (GI-Mono) et CERADID ONG. La description de ce projet correspond donc bien davantage au passage lu par le député dans sa vidéo.
Pourquoi l’AFD parle-t-elle alors de GIBOU ?
Bénin Check n’a pas demandé à l’AFD une information générale sur les projets d’assainissement dans le Mono. Nous lui avons explicitement soumis les propos de Guillaume Bigot sur les 510 000 euros et la description qu’il cite, puis demandé si elle confirmait ces informations. Pourtant, dans sa réponse, l’Agence nous présente GIBOU, avec un financement de 500 000 euros. Cette réponse ne correspond donc pas exactement au projet décrit dans la citation de Guillaume Bigot.
Le député relève lui-même cette différence dans sa réponse à Bénin Check : « Nous prenons naturellement acte de l’information que l’AFD vous a communiquée, selon laquelle sa subvention s’élèverait à 500 000 euros. Cette différence de 10 000 euros devra être éclaircie par l’Agence elle-même. » Mais surtout, il affirme que les documents qu’il a utilisés concernent un autre projet.
Après la réponse du député, nous avons recontacté l’AFD. Cette seconde sollicitation qui a été adressée à l’AFD le 12 août 2026 n’a reçu aucune réponse.
Les documents montrent-ils que Bigot a inventé le projet ?
Non. C’est un élément essentiel de notre vérification. Les termes utilisés dans la vidéo ne sont pas une invention du député. La formulation relative à l’amélioration des comportements, à la défécation à l’air libre, à la gouvernance de l’assainissement liquide et à la participation des femmes existe bien dans la documentation de l’aide française au développement. Le financement de 510 000 euros apparaît également dans les documents relatifs au projet de gouvernance participative et inclusive de l’assainissement liquide. Sur ce point, Guillaume Bigot dispose donc d’une base documentaire réelle.
Mais peut-on dire que 510 000 euros ont servi à « apprendre à faire caca » ?
Non. C’est là que la formulation du député devient trompeuse. Même si l’on retient le projet Inter-AGIAL et ses 510 000 euros de financement AFD, le projet ne consistait pas simplement à apprendre aux habitants du Mono à utiliser correctement les toilettes. La lutte contre la défécation à l’air libre faisait partie des enjeux traités, mais le projet portait plus largement sur :
- la gouvernance de l’assainissement liquide ;
- la participation citoyenne ;
- l’implication des femmes ;
- le renforcement des capacités des organisations de la société civile ;
- l’amélioration des pratiques d’hygiène et d’assainissement ;
- l’accompagnement au changement des comportements ;
- la participation des communes à la gestion de l’assainissement.
Il s’agit donc d’une politique publique d’assainissement et de gouvernance, dans laquelle la lutte contre la défécation à l’air libre constitue une composante. La formule « apprendre à faire caca correctement » est une reformulation volontairement provocatrice du député, et non l’objet officiel du financement. Le député le reconnaît d’ailleurs dans sa réponse à Bénin Check : il explique avoir utilisé cette expression comme une formulation « accessible et directe » de l’objectif de sensibilisation à l’assainissement et à l’abandon de la défécation à l’air libre.
Une autre confusion possible : les financements globaux
La vérification fait également apparaître plusieurs montants selon les documents consultés. Pour Inter-AGIAL, le document d’évaluation externe mentionne un budget total de 687 089 euros, avec un financement AFD représentant environ 75 %. Le site d’Initiative Développement mentionne, lui, un montant de 816 000 euros pour ce projet.
Pour GIBOU, plusieurs documents présentent également des montants différents. Le document de capitalisation consacré au projet mentionne environ 1 022 650 euros, tandis qu’un document d’Initiative Développement arrondit ce montant à 1 023 000 euros..
VERDICT : TROMPEUR
La déclaration de Guillaume Bigot repose sur une base documentaire réelle, mais sa présentation est trompeuse. Le député a raison sur un point important : le projet qu’il cite n’est pas GIBOU, contrairement à ce que laisse entendre la réponse du service de presse de l’AFD à Bénin Check. Les documents fournis par le député et ceux consultés par Bénin Check permettent d’identifier un projet distinct, Inter-AGIAL, dont les objectifs correspondent précisément à la description lue dans la vidéo et pour lequel un financement AFD de 510 000 euros est documenté.
En revanche, le service de presse de l’AFD, interrogé sur les propos du député, nous a répondu en présentant GIBOU, pour lequel l’Agence indique une subvention de 500 000 euros. Cette différence entre les deux réponses n’est pas anodine : elle crée une confusion entre deux projets distincts.
Cette vérification a été effectuée et l’article rédigé puis publié par Estelle Damienne GBEGO

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